
La voix de Martinho da Vila a quelque chose du urire. Pas le sourire béat, ni de façade, mais une bienveillance, une chaleur douce. Quand sort Canta, Canta Minha Gente, nous sommes en 1974, en pleine dictature militaire. La censure rôde, la MPB s’habille d’allégories pour la déjouer. Martinho trace une autre voie : celle d’une samba populaire, immédiate, joyeuse. Sa samba ne crie pas – elle est subversive en ce qu’elle continue à rire, à danser, à raconter la vie. En témoigne l’hymne qui donne son titre à l’album: « Canta, canta minha gente / Deixa a tristeza pra lá ». Martinho ne nie pas la douleur, il la chante. C’est la philosophie de la roda et du carnaval : on sèche les larmes en les chantant.
Musicalement, l’album est loin des grosses orchestrations de la samba-enredo, mais pas non plus dans l’épure radicale. Martinho est au cœur d’un ensemble qui groove. Les percussions et le cavquinho sont là mais il y a aussi une basse életrique. C’est la jeune garde de la samba, en équilibre entre tradition et avant-garde comme pouvait le jouer à la même époque Paulinho da Viola.
Martinho écrit des paroles profondes avec des mots simples. Il parle d’amour, de politique, de foi, de quotidien. Dans « Disritmia », il évoque le cœur qui bat mal, métaphore de la société malade. Il évoque son école de samba, Vila Isabel (Renascer das Cinzas), la religion afro-brésilienne (Festa de umbanda), le football (Calango Vascaíno), les Amérindiens (Tribo dos Carajás). Parmi ses compositions personnelles se glisse une ancienne chanson de Donga, Pixinguinha et João da Bahiana.
Il y a dans Canta, Canta Minha Gente une vision du Brésil : populaire, noire, joyeuse, blessée mais non brisée. Martinho y incarne une forme de résistance douce, mais tenace, celle du quotidien, de la musique qui persiste, dans le rire, dans la fête. C’est un disque qui fait du bien, et qui rappelle que la joie, parfois, est une arme et que chanter ensemble, c’est déjà se tenir debout.
Martinho da Vila – Canta, Canta Minha Gente (1974)