Volta Seca – Cantigas de Lampião

Il s’appelait Antonio Alves de Souza* mais est passé à la postérité sous son nom de bandit: Volta Seca. Il fut membre de la bande de Lampião, le brigand la plus célèbre du Brésil, qui sema la terreur dans le Sertão, région aride, pauvre et violente du Nord-Est du Brésil, tuant, rackettant pillant, des fazendas jusqu’à des bourgs entiers ; il tint tête au pouvoir avec sa bande de cangaceiros durant 16 années avant d’être tué en 1938. Décapité, sa tête et celles de ses compères furent exposées sur les places publiques. Loué pour son courage et craint pour sa cruauté, Lampião est aujourd’hui aux côtés de son épouse Maria Bonita, malgré ou sans doute à cause de son caractère ambivalent. un symbole de résistance ; une si ce n’est la figure mythique du Nordeste brésilien. On ne compte plus les innombrables folhetos de cordel (fascicules de littérature populaire), romans, films, peintures, sculptures, telenovelas et babioles pour touristes à son effigie.

Volta Seca était le plus jeune des cangaceiros de Lampião. Né dans l’Etat de Sergipe, il aurait rejoint la bande vers l’âge de 11 ou 12 ans. Arrêté avant l’extermination de la bande, il fut condamné à 145 ans de prison alors qu’il n’avait que 15 ans. Gracié par le Président Getúlio Vargas en 1952 après 20 années passées derrière les barreaux, il réussit à se réinsérer, travaillant comme garde ferroviaire et fondant une famille – il eut sept enfants.

Volta Seca resta auréolé – si l’on puit dire –  de son titre de compagnon d’arme de Lampião : son surnom fut donné par Jorge Amado à un personnage de son fameux roman Capitaine des Sables (1937). Il participa comme conseiller  au tournage du film Cangaceiro de Lima Barreto (1953) et fit l’objet d’une biographie posthume (As Quatro Vidas de Volta Seca de Roberio Santos).

Volta Seca est le plus à droite de la photo

Volta Seca est le plus à droite de la photo

Mais si nous parlons de Volta Seca c’est qu’il est l’auteur et l’interprète d’un album aussi formidable que méconnu. Intitulé Cantigas de Lampião, le disque publié en 1957 comporte huit chansons, qui alternent entre xaxado, baião, toadas et nous plonge dans le quotidien des cangaceiros. 

Volta Seca, est crédité comme l’auteur des morceaux, aux côtés parfois de Lampião lui-même. On lui doit notamment Mulher Rendeira, Se Eu Soubesse et Acorda Maria Bonita qui sont aujourd’hui des classiques du Nordeste, jouées pour certaines par Luiz Gonzaga. Cette manière de se mettre en scène était spécifique à Lampião, qui au faîte de sa « gloire » donnait des interviews à la presse, se faisait filmer, distribuait des photos de lui à ses « admirateurs », et entonnait Mulher Rendeira avant de lancer ses attaques. Cet art de la communication se retrouve aujourd’hui chez des gangs brésiliens qui financent des musiciens de funk proibidão pour faire leur éloge.

Le disque Cantigas de Lampião ou plutôt chacun de ses morceaux est un patchwork. Après une  présentation orale de Paulo Roberto, Volta Seca entonne la mélodie avant de laisser la place à une version du morceau reprise par des chœurs, arrangée dans le style des années 1950 par Guio de Morais. Les passages orchestrés semblent lisses à côté de ceux interprétés par la voix intense de Volta Seca, mais ces derniers  suffisent à faire de Cantigas de Lampeão un témoignage passionnant sur la légende de Lampião, légende qui dépasse aujourd’hui de loin la réalité historique. Comme le disait John Ford : « This is the West, sir. When the legend becomes fact, print the legend » (L’Homme qui tua Liberty Valence).

Volta Seca – Cantigas de Lampeão apresentadas por Volta Seca (Todamérica, 1957)

*D’autres sources indiquent que son nom de baptême était Antonio dos Santos

*Les sources en portugais sont innombrables. En français, nous vous conseillons la lecture de l’article d’Elise Jasmin, « La geste de Lampião, in Chanter le bandit. Ballades et complaintes d’Amérique latine, Caravelle, 2007. Cette dernière a également écrit un ouvrage en français que je n’ai pas eu la chance de lire: LAMPIÂO, VIES ET MORTS D’UN BANDIT BRÉSILIEN, 2001.

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