Eu Bahia – Atabaque et berimbau

Eu, Bahia - 1972 La plupart des d’albums présents sur ce site, même ceux inédits en France font figures de classiques au Brésil  et sont en général bien documentés. Et il y a des grands disques comme  Eu, Bahia, dont on ne sait rien ou presque. Les deux artistes crédités, Edinho Marundelê et Onias Comenda sont passés sous le radar des passionnés de musique brésilienne. Étaient-ils des artistes reconnus ou de simples débutants ? Enregistrèrent ils d’autres albums avant ou après celui là ? On ne peut qu’imaginer leur vie en regardant leurs petits portraits au verso de la pochette.

Quoi qu’il en soit, Edinho Marundelê et Onias Comenda dressent dans Eu, Bahia, un superbe portait de l’Etat Bahia à travers ses deux grands apports à la culture brésilienne, la capoeira et la musique religieuse afro-brésilienne. Mais le Eu (« je »)  du titre nous indique qu’il s’agit d’une lecture personnelle de cet héritage. Une démarche originale, surtout pour l’époque, où les disques d’umbanda enregistraient généralement de manière fidèle la musique d’un terreiro donné, et où ceux de capoeira servaient à rendre hommage à un maître de cet art-martial.

Edinho Marundelê et Onias Comenda se partagent chacun une face de l’album. Sur la première, Edinho Marundelê chante des pontos d’umbanda, ces thèmes religieux chantés dans les terreiros pour communiquer avec les divinités appelées orixas.  Tout un éventail de rites sont joués, ketu, caboclo, et surtout gegy et angola. La magnifique voix de Marundelê est accompagnée classiquement par les tambours sacrés, les atabaques, mais certains titres sont  a cappella comme un des moments fort de l’album Oridê Deô.

Le joueur de berimbau Onias Comenda occupe la seconde face du disque où il présente plusieurs toques (rythmes) de capoeira, sans paroles ainsi que quelques cantigas de capoeira, chantés, dont le fameux et très beau Eu estava là em casa. Mais le reste des morceaux s’éloigne des sentiers-battus de la capoeira, avec un trio de berimbaus, un solo improvisé de berimbau et surtout un petit bijou qui mêle guitare et berimbau (Desafio de berimbau et violão).

Eu Bahia n’est pas une relecture moderne du berimbau ou des chants religieux de Bahia, comme ont pu en faire Nana Vasconcelos, Caetano Veloso, Baden Powell et Vinicius de Moraes, Papete et tant d’autres à la même époque. Mais ce n’est pas non plus un disque traditionnel. Et c’est cet entre deux qui en fait un disque rare et précieux.

Le disque n’étant plus commercialisé, je partage le rip : Eu Bahia

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *